Entre autres réformes pour le moins problématiques, celle de l’EAF en 2020, sous le ministère Blanquer, a généré une indescriptible perte de sens pour notre enseignement chez les collègues et les élèves, que l’AFEF a dénoncée dès le projet initial. Les collègues sont devenus des comptables du nombre de textes, devant les enfiler les uns après les autres plutôt que de faire advenir le sujet lecteur, développer le goût du littéraire, de la lecture, et d’une pensée autonome et singulière sur les textes. Il était grand temps que le ministère en prenne la mesure et propose de nouvelles modalités. C’est chose faite ! L’Inspection générale a entrepris des consultations syndicales et associatives pour présenter sa refonte de certaines épreuves. L’AFEF y était présente.
A l’écrit, des modifications exclusivement en séries technologiques
A l’écrit, pas de changements prévus pour les séries générales, dont on pourra regretter que les exercices très formels subsistent, sans se rapprocher de pratiques sociales de référence écrites, au moins aussi adaptées et qui ne permettent pas une valorisation réelle d’une pratique sensible et créative de la littérature.
Pour les séries technologiques, exit la contraction de texte au profit du maintien de l’essai qui devient littéraire puisqu’il porte sur une œuvre au programme parmi le roman, le théâtre et la poésie. Plus souple formellement que la dissertation des séries générales, l’essai doit permettre au candidat de « développer une réflexion sur un enjeu de l’œuvre lié au parcours défini dans le programme ».
Le commentaire devient « étude de textes » rattachée à l’objet d’étude « Littérature d’idées du XVIè au XXIè siècle » qui ne comporte aucune œuvre au programme. Cette étude porte sur un corpus de 2 à 4 textes et est guidée par 2 ou 3 questions permettant d’évaluer la compréhension et l’interprétation des candidats. Un résumé d’un long passage est également attendu. Enfin, on attend que les candidats proposent un titre justifié au corpus proposé.
Les modifications concernant les séries technologiques témoignent davantage d’une prise en compte de compétences de lecture qui permettent aux élèves de témoigner de leur compréhension des textes et de faire appel à une appropriation plus singulière. L’AFEF aurait souhaité que les séries générales bénéficient de la même inflexion.
A l’oral, une révolution (plus qu’une refonte) ?
Le plus gros changement concerne l’épreuve orale dont nous avons toujours dénoncé la dérive psittacine qu’elle induisait, quelles que soient les séries : suppression de la liste récapitulative des extraits étudiés en classe. Les élèves disposent d’1 heure pour préparer l’explication d’un passage indiqué par l’examinateur et non nécessairement étudié dans l’année. Certes, on peut s’inquiéter de la difficulté de l’exercice et d’autres voix que la nôtre ne se priveront pas de soulever ce point. Réjouissons-nous plutôt qu’enfin on postule l’intelligence sensible des élèves et le rôle de l’enseignant comme celui qui la favorise et donne les clés pour ouvrir cette porte trop souvent fermée du fait d’épreuves trop corsetées ! L’Inspection Générale a tout à fait conscience du revirement que cela suppose dans nos pratiques et de la révolution que cela constitue dans nos attentes et critères pour évaluer cette épreuve.
La question de grammaire sera déplacée dans l’entretien avant l’échange sur l’œuvre choisie par le candidat.
En guise de premières perspectives
Une vraie réflexion en profondeur et de la formation sur les pratiques d’enseignement de la littérature et son évaluation, vont être impératives pour se donner les moyens collectivement de rendre ces évolutions profitables aux élèves et pour redonner du sens à l’étude de la littérature dans un monde de plus en plus dominé par les technologies. Il resterait bien des modifications à proposer tant pour les épreuves que pour les programmes, néanmoins, ces nouvelles perspectives nous semblent dessiner de nouveaux contours témoignant de perspectives ambitieuses et d’avancées didactiques positives.
Association Française pour l'Enseignement du Français
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