L’AFEF reçue par le Ministre Edouard Geffray


10 mars 2026

L’AFEF reçue par le Ministre Edouard Geffray

Comment rester exigeant sur l’orthographe en respectant la loi

 

Une délégation était reçue le mardi 10 mars pendant une heure par le Ministre Edouard Geffray et son conseiller Jean-Baptiste Rota, au sujet des exigences orthographiques, et de leurs évolutions. Une demande avait été déposée à la suite du Colloque de la Sorbonne « Comment peut-on (encore) s'opposer à une réforme de l'orthographe ?[1] » (22 mars 2024) et de la publication du rapport du CSEN[2] « Rationaliser l'orthographe du français pour mieux l'enseigner » (septembre 2024). Pour obtenir cette audience, l’ancien ministre et membre honoraire du Parlement, Jean-Pierre Sueur, qui conduisait la délégation s’est saisi de la déclaration du ministre en décembre dernier, appelant à durcir l’exigence orthographique au bac dans toutes les disciplines.

La délégation était composée, outre Jean-Pierre Sueur, de linguistes (Anne Abeillé, Philippe Monneret), du président du CSEN[3] (Stanislas Dehaene), de la présidente de la FIPF (Cynthia Eid), de la présidente sortante de l’AFEF (Viviane Youx). Étaient excusés Liliane Sprenger-Charolles et Bernard Cerquiglini.

 

Le ministre a d’abord écouté nos propositions et demandes. Le rapport du CSEN, qui réfute la dictée comme exercice d’apprentissage, insiste sur la nécessité d’une simplification de l’accord du participe passé (PP) qui est, pratiquement, peu appliqué : ne pas imposer l’accord du PP avec l’objet, ne pas accorder le PP avec avoir. Les recommandations : utiliser l’orthographe de 1990 dans les manuels, enseigner explicitement les règles obligatoires, appliquer un accord invariable du PP avec avoir. Les études montrent que généraliser l’usage de l’orthographe de 1990 aide à mieux maitriser l’orthographe. Préciser ce qui compte et ne compte pas comme erreur aiderait à mieux enseigner et faciliterait le travail des correcteurs. Il serait plus facile d’améliorer le niveau de maitrise de la langue en se concentrant sur les erreurs les plus importantes. (SD AA PM). 
JPS interpelle le ministre : « Beaucoup de temps scolaire a été perdu avec l’institution de la semaine de 4 jours, il ne s’agit pas d’être laxiste, vous avez dit des choses fortes sur le baccalauréat, mais qu’est-ce qu’on fait ? »

 

Le ministre insiste sur l’exigence, meilleur service à rendre à un jeune, exigence du geste graphique, du lexique, de l’expression et orthographe. Neutraliser à 2 points la question de l’orthographe aux examens est impensable, le problème est plus global.

L’AFEF fait remarquer que l’injonction s’adresse à toutes les disciplines, pas seulement au français ; comment les professeurs peuvent-ils faire sans prescriptions précises ? Le risque est une double rigidification, entre laisser faire et exigences démesurées. VY retrace l’évolution de l’écriture des programmes en orthographe de 1990, et l’AFEF se réjouit que la mention en ait été ajoutée dans les projets de programmes du cycle 4.

 

Le ministre se fait l’avocat du diable pour tester comment des propositions importantes pour nous peuvent être perçues. 

Néanmoins, pour le ministre, l’orthographe de 1990 est dans la loi, il entend qu’elle soit appliquée en tant que telle, en s’interrogeant sur le soutien que peut accorder l’Académie française. Mais, s’il est d’accord sur plusieurs points de nos propositions, y compris l’abandon des subtilités de l’accord du PP, il voudrait éviter le « coup de comm » qui torpillerait le projet. Une mesure « dangereuse » au milieu d’autres plutôt bien perçues risque de faire tout oublier et de focaliser l’attention sur le négatif, au détriment du projet.

 

La délégation s’accorde avec le ministre sur l’urgence à cesser de perdre du temps pour des exceptions et se concentrer sur les apprentissages importants. Les points d’accord retenus : 

  • Se concentrer sur l’apprentissage de ce qui est essentiel : les accords, les flexions (et non enseigner les exceptions) ;
  • Faire écrire beaucoup et partout ;
  • Rappeler les principes de l’orthographe de 1990 à tous les enseignants – continuer à rédiger tous les programmes selon cette orthographe qui fait loi.

 

Le ministre nous annonce ses deux projets immédiats :

  • Une circulaire de rentrée dans un format court, rappelant des priorités pédagogiques absolues, notamment en langages et mathématiques qui sont les conditions de la civilité, en insistant sur le lexique, la production écrite et l’exigence graphique.
  • Un texte sur le niveau d’exigence attendu aux examens en production écrite avec un « catalogue » indicatif : donner des exemples de ce qui est attendu ; au titre de l’évolution de la langue, on pourrait ne pas pénaliser le nonaccord du PP, mais une formulation est à étudier pour ne pas déclencher de tempête médiatique contreproductive. (AA insiste sur intégrer au moins le non-accord des verbes pronominaux et réfléchis et les adjectifs de couleur).

Le ministre annonce qu’il est prêt à ouvrir une réflexion sur l’évolution de l’orthographe à enseigner, il charge son conseiller Jean-Baptiste Rota des suites à donner.

 

 

[1] Comment peut-on (encore) s'opposer à une réforme de l'orthographe ? Colloque Sorbonne Université 22/03/2024 https://lettres.sorbonne-universite.fr/sites/default/files/media/2024-0…

[2] Rationaliser l'orthographe du français pour mieux l'enseigner, Rapport du CSEN, 09/2024   https://afef.org/rapport-du-csen-rationaliser-lorthographe

[3] CSEN : Conseil supérieur de l’éducation nationale

Soumis par   le 30 Mars 2026