La filière littéraire semble souffrir d'une désaffection continue depuis des années. Les enseignants de français s'interrogent souvent sur les représentations que véhicule leur discipline. Trop souvent, la "L" est fatalement réservée aux élèves qui n'ont pas assez de bons résultats dans les matières scientifiques. Or des littéraires bien formés seront tout à fait à même d'apporter des réponses pertinentes aux besoins de notre société de l'information. Nombreux sont les métiers de demain qui feront appel à des compétences culturelles et linguistiques. Dans cette perspective, il ne s'agit donc pas seulement de repenser la filière dans sa structure, mais de repenser également toute la place de ces études dans notre société (dans les établissements, auprès des parents, mais aussi dans les médias) et de mettre en 'uvre une politique volontariste de promotion de la série L. C'est un besoin pour notre pays. C'est une priorité absolue pour l'AFEF.
Les causes de ce repli ne sont pas ignorées
La série L repose trop souvent sur une conception restrictive du champ littéraire ; l'étude de la communication, initiée dans les années 70, est restée tout à fait marginale. Peu de place aux enseignements artistiques, peu de place aux nouvelles technologies. La discipline elle-même s'est enlisée depuis une dizaine d'années dans des polémiques stériles qui ont eu tendance à ringardiser les métiers littéraires et à totémiser la Littérature. Il faudrait donc se concerter avec les enseignants d'histoire-géographie, de langues et de philosophie pour constituer une véritable filière des nouvelles humanités. L'ouverture des études littéraires aux problématiques des sciences humaines pourrait revitaliser un enseignement qui est resté profondément classique en même temps que la population des lycéens était profondément renouvelée. Nous proposons donc que des modules de sciences humaines, d'histoire des arts, de communication soient inscrits dans les programmes et assurés par des enseignants de français formés à cet effet. Nous proposons aussi qu'une formation solide en techniques de l'information soit donnée dans cette série pour que les bacheliers littéraires soient aussi compétents pour traiter techniquement l'information.Néanmoins nous ne perdrons pas de vue l'orientation généraliste de la série L. On ne pourra développer durablement les études littéraires en leur donnant simplement une coloration pré-universitaire, voire pré-professionnelle. La série L doit pouvoir former une pensée et une expression de qualité. Or, le nombre d'heures imparti en France à l'étude de la langue maternelle reste le plus faible d'Europe. Revitaliser la série L demanderait ainsi de réévaluer tout l'enseignement du français dans le secondaire. Il s'agirait également d'ouvrir le champ disciplinaire à de nouvelles pratiques encore balbutiantes : l'écriture créative, l'édition, sans oublier les "mauvais genres" (polars, science-fiction, etc.) bien connus des élèves et bien ignorés dans les classes.
On aura enfin remarqué que la raréfaction de l'option de mathématiques en série L faisait souvent hésiter les élèves à s'engager dans cette voie. Il faudrait quand même permettre à tous les littéraires de pouvoir suivre également un enseignement scientifique digne de ce nom.
On le voit, réussir une réforme de la série L ouvre un nouveau chantier qui demandera une large concertation.
Viviane YOUX
Présidente de l'AFEF
Willy BERTIN
Secrétaire général
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