Un printemps du français au cycle 4 ?


Programmes cycle 4

 

Les nouveaux programmes de français pour le cycle 4 sont parus au BO du 5 mars 2026. Ils entreront progressivement en application : en 5e à la rentrée scolaire 2026 ; en 4e à la rentrée scolaire 2027 ; en 3e à la rentrée scolaire 2028.

Soulignons quelques éléments saillants et intéressants :

 

  • LECTURE : Il convient de favoriser une « pratique régulière, diversifiée, progressive de la lecture » : au moins 7 œuvres complètes par année dont  4 œuvres intégrales de langue française ou traduite et 3 œuvres en lecture cursive (qui peuvent relever de la littérature de jeunesse). Les « compétences de lecture » à construire doivent « tresser compréhension, interprétation et appréciation ». Les dispositifs à mettre en œuvre sont explicités : on préconise « rendez-vous de lecture réguliers, journal de lecteur, cercles de lecture, défi lecture, capsules audio, vidéos, affiches, etc. », on demande d’éviter les « approches technicistes » ainsi que les « questionnaires de lecture ». Le site Eduscol propose des exemples de mise en œuvre des programmes avec des pistes artistiques et culturelles ainsi que de très riches corpus d’œuvres qui ouvrent le champ des lectures possibles, depuis le patrimoine jusqu’à la littérature contemporaine et aux livres d’autrices.

 

  • ECRITURE : Dans ces programmes rénovés, l’écriture occupe une place essentielle. En tant que « vecteur d’émancipation et d’engagement », elle doit être « au cœur du projet d’apprentissage ». Ouverte à l’écriture créative, à l’écriture d’appropriation, à l’écriture de travail, aux ateliers d’écriture, elle diversifie ses enjeux, ses dispositifs et ses formes : « écrire pour réfléchir, apprendre et mémoriser » ; « écrire des textes d’invention et de réflexion pour soi et pour autrui », « « évaluer son écrit et savoir le faire évoluer ». Les programmes appellent à mettre en œuvre des situations d’écriture quotidiennes : « les élèves produisent, à chaque séance, un écrit personnel de quelques phrases ou un texte plus développé, qui ne se limite pas à répondre à des questions sur un texte ». Il s’agit bien d’aller jusque vers l’habitude et la posture de l’écriture seconde, celle qui fait retour sur ses formes, ses processus, ses enjeux : « les professeurs favorisent autant la production de textes que les activités permettant à l’élève de développer une posture réflexive sur son travail. » La place de plus en plus importante prise par l’Intelligence Artificielle Générative n’est pas négligée. Les programmes en formulent ainsi le défi qu’elle nous lance : « Une utilisation critique et distanciée d’outils numériques et de l’intelligence artificielle permet à l’élève d’interroger la production contemporaine des textes ou de réfléchir à la formulation des instructions adressées à l’algorithme. »

 

  • ORAL : L’oral constitue « un objet d’étude et d’apprentissage, au même titre que l’écriture, la lecture et la langue », pas simplement un effort de participation en classe.

 

  • LANGUE : En matière de vocabulaire comme de grammaire, les  programmes recommandent une démarche inductive, les gestes de manipulation, le travail de corpus : « un travail lexical régulier, fondé sur l’observation, la manipulation, le raisonnement, la mise en réseau et la production est privilégié », « les élèves partagent leurs observations, pour faire évoluer leurs connaissances et compétences », « les élèves automatisent progressivement leurs connaissances et leurs compétences grâce à des rituels »... N’est même plus explicite l’obligation d’utiliser la terminologie « officielle » de la contestée Grammaire du français. Terminologie grammaticale de Philippe Monneret et Fabroce Poli (2021).

 

Saluons les efforts pour appliquer et préconiser l’usage de l’orthographe rectifiée : « L’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990. Les graphies ancienne et rectifiée sont acceptées de manière égale. », « développer et affiner le gout de la lecture » (p. 2).

Les nouveaux programmes de français en cycle 4 peuvent ainsi se faire promesse de renouveau. Voilà qui creuse d'ailleurs potentiellement le fossé entre les programmes du collège, vivifiants, et ceux du lycée, sclérosés. Un fossé, pédagogique et idéologique, qui risque de devenir difficile à franchir pour les élèves ? Formulons le souhait que le chantier de rénovation se prolonge bientôt au lycée pour y déployer aussi la possibilité d’un enseignement du français tout à la fois ambitieux et vivant.

 

Le programme de français cycle 4

Les exemples officiels de mise en oeuvre

Analyse dans le Café pédagogique

 

Soumis par   le 10 Mars 2026